UN EVENEMENT TEMPORAIRE, DES PAYSAGES PERENNES ?

REGARD SUR L’EVOLUTION DE DIFFERENTS TERRITOIRES HOTES DES JEUX OLYMPIQUES

Le Conseil Européen des Urbanistes (European Council of Spatial Planners-Conseil Européen des Urbanistes – ECTP-CEU – http://www.ectp-ceu.eu) est membre de la Conférence sur la Convention européenne du paysage, approuvée en 2000 par 38 pays signataires, membres du Conseil de l’Europe. Tous les deux ans, la Conférence procède au bilan de la mise en œuvre de cette convention. La prochaine Conférence aura lieu en mars 2019 à Strasbourg.

Organisé par le Conseil Européen des Urbanistes, la douzième Biennale européenne des urbanistes s’est tenue  à Paris, le 29 juin 2017, sur le sujet « Villes et Jeux Olympiques et Paralympiques : bilan et prospectives » (http://www.ectp-ceu.eu/index.php/en/biennal-31/planning-awards-30).

 

Présidente d’honneur et administratrice de la SFU, Dominique Lancrenon est aussi Secrétaire générale et Présidente d’Honneur d’ECTP-CEU. Elle a présenté une synthèse des travaux de cette Biennale  lors de la journée des paysages organisée par le Ministère de la Transition écologique et solidaire en septembre 2017 à Marseille.

MUNICH, 1972

Johannes DRAGOMIR est président de l’association des urbanistes en Allemagne. Il a présenté les Jeux Olympiques de Munich, en 1972. En 1965, un ancien site militaire de 300 ha, à 4 km du centre-ville, faisait office de site olympique possible.
L’Allemagne a proposé son dossier, dans un délai extrêmement court si on le compare avec le calendrier des candidatures actuelles. Ainsi, la présentation de la candidature a été votée en octobre 1965 et le dossier présenté en décembre 1965. Il était alors prévu de construire un grand ensemble sur dalle, le village olympique étant groupé autour. La décision du CIO de retenir Munich est intervenue le 26 avril 1966.

Un concours national a ensuite été organisé au cours duquel 110 projets ont été présentés qui portaient sur l’urbanisme, les paysages, l’architecture et l’intégration du projet dans le site.
L’équipe de Frei OTTO en a été lauréate, en 1967, avec un projet extrêmement paysagé et intégré au site, à l’opposé du projet réalisé pour la candidature.

Dès cette époque, l’ouverture progressive du stade et des installations au service de la population de Munich a été prévue.

Les gradins étaient modulaires pour partie, retirés par la suite afin que le stade s’ouvre sur la ville de Munich. Celle-ci était alors en déficit d’équipements sportifs.

L’Allemagne avait besoin de montrer une autre image que celle des Jeux Olympiques de Berlin de 1936, qui avaient symbolisé la période du nazisme. En 1972, les Allemands ont choisi un projet exemplaire pour sa capacité d’adaptation au terrain, à l’environnement, à la culture. Les budgets d’entretien ont été intégrés au programme, y compris pour la structure auto-tendue, qui était une première mondiale sur le plan technique.

Le site Olympique de Munich, intégré dans la ville

Ainsi, les Jeux Olympiques ont été une opportunité pour répondre aux besoins de la ville, avec un programme de financement relativement raisonnable: 1,5 milliard de marks, avec un prix de revient final de 100 000 marks pour la ville après déduction des bénéfices, et grâce à la participation de l’Etat. La ville et sa population ont été reconnaissants d’avoir accueilli ces Jeux et se sont pleinement approprié les équipements et paysages réalisés.

 

 

 

BARCELONE, 1992

L’exemple de Barcelone nous a été exposé par Lluís BRAU, Urbaniste Architecte, et Joaquim CLUSA, Economiste.

Les Jeux Olympiques ont été un moment de transformation profonde de Barcelone.
Auparavant, l’industrie pétrochimique se trouvait en bordure de mer, avec des voies ferrées. La ville n’était pas ouverte sur la Méditerranée. Or, suite aux Jeux, la plus grande plage urbaine d’Europe a été créée, transformant profondément ses paysages. 4 200 logements ont été construits. De nouvelles pratiques sportives se sont aussi développées. Le projet s’est inscrit dans le plan dessiné par Ildefons CERDA au 19ème siècle. Il s’est ainsi inscrit dans l’histoire et les paysages de Barcelone.

Le paysage urbain a évolué: 40 km d’avenues ont été retraités pour que l’espace public redevienne accessible aux piétons et aux cyclistes.

Le stade olympique construit en 1936 a été réutilisé, dans une logique de continuité.

de 1936 à 1992, Paysage Olympique de Barcelone

Sur un plan économique, Barcelone a été largement ouverte au tourisme, à tel point que les élus voudraient désormais le limiter, car il représente plus de 20 % de l’activité de la ville.
Par ailleurs, Lluís Brau et Joaquim Clusa ont présenté les résultats d’un sondage qu’ils ont réalisé pour savoir comment les Barcelonais apprécient aujourd’hui l’impact des Jeux, sachant que le déclin de l’économie industrielle s’est produit dans la même période.

A posteriori, une partie de la population a associé les Jeux à ce déclin économique, ayant subi la perte des emplois industriels liée au phénomène de mondialisation.

L’audace du sport et de la ville

Mais il ressort de l’enquête que la fierté de la ville s’est forgée dans cet événement, qui a marqué un moment historique fondateur de l’audace de sa population.

 

 

 

 

ATHENES, 2004
Les Jeux Olympiques d’Athènes, en 2004, nous ont été présentés par Elias BARIETOS, délégué grec au Conseil Européen des Urbanistes, et au Conseil de l’Europe.
Le projet d’aménagement des Jeux Olympiques a été extrêmement important, utilisant différents sites dans la périphérie d’Athènes et développant de nouvelles infrastructures pour les desservir, entre le centre-ville et le village olympique, au nord.


Athènes rassemble la moitié de la population de la Grèce et représente les deux tiers de son PIB.

Le projet, véritablement métropolitain, portait une ambition très forte que l’économie grecque n’a pas pu supporter dans la période après les jeux.
Santiago CALATRAVA a construit le complexe olympique et a entrepris la réhabilitation d’anciens stades. De même, plusieurs opérations de restauration ont été lancées puisqu’Athènes devenait la vitrine du monde. Le site de l’Acropole a ainsi été restauré, accueillant également un nouveau musée. Le patrimoine néoclassique du quartier de Plaka a été réhabilité.

Un travail de rénovation des façades a été entrepris, tout comme
l’aménagement du front de mer et de la baie, avec le développement de nouveaux équipements culturels et sportifs.

L’ambition du plan proposé n’a pas pu être réalisée complètement, comme par exemple la requalification des friches avec la plantation d’oliveraies. En outre, certains des bâtiments construits pour les jeux ne sont plus utilisés, du fait de la crise économique profonde du pays.
Les Grecs paient très chèrement leur dette liée à ces investissements, et se demandent si accueillir les Jeux Olympiques leur a été profitable.
Elias Barietos nous a cependant présenté ce bilan comme un demi-échec, considérant la stratégie métropolitaine proposée essentielle, et susceptible d’être poursuivie dans l’avenir.

 

LONDRES 2012

Les Jeux Olympiques de Londres, en 2012, nous ont été présentés par l’Atelier des Jeunes Urbanistes.
Auparavant, Stratford était principalement un site de triage ferroviaire et de parcs industriels. Ce projet de réhabilitation était inscrit dans le plan du Grand Londres, mais les Jeux Olympiques ont accéléré la réalisation d’équipements et d’infrastructures.

La candidature de Londres a également été la première à présenter la manière dont les sites allaient être réutilisés par la suite.
200 ha de friches industrielles ont ainsi été transformés en un parc de 80 ha. Des logements ont été construits. Le stade est désormais utilisé par le club de football et des équipements sont ouverts à l’ensemble de la population

Paris 2024

Les Jeux Olympiques de 2024 vont marquer les paysages du Grand Paris.
Patricia PELLOUX, Directrice adjointe de l’APUR nous a présenté le projet:

Le village olympique et paralympique se trouvera sur l’Île-Saint-Denis. Le centre aquatique sera construit en face du Stade de France. L’enjeu de son ouverture au public par la suite s’avérera crucial. Le cluster des médias sera installé au parc du Bourget. Le parc de Marville sera également largement modifié.
L’ancien bâtiment EDF, réhabilité en Cité du Cinéma, servira d’espace de restauration le temps des Jeux. Après l’événement, le village des médias se transformera en logements familiaux, résidences étudiantes, résidences pour seniors et hôtels.

Le site olympique s’inscrit dans une planification déjà prévue. De nouveaux quartiers seront créés et des infrastructures sportives rénovées. Des gymnases supplémentaires seront construits, tout comme des centres d’entraînement paralympiques, après les Jeux.
La Seine apparaîtra, à travers la mise en scène Olympique au coeur des paysages, pour l’ensemble de la métropole.

Pour l’heure, le Grand Paris ne dispose pas d’un véritable projet urbain métropolitain, hormis le développement de transports en commun. Les Jeux Olympiques de 2024 pourraient permettre d’avancer sur ce point, à partir des nouveaux paysages qu’ils dessinent.

En conclusion de la Biennale, ce tour d’Europe des villes qui ont accueilli les Jeux Olympiques a montré leur capacité à les intégrer durablement, à condition de les inscrire dans la continuité de leur histoire et de leurs paysages.

L’appropriation des espaces publics par et pour les pratiques sportives semble un vecteur pour permettre une meilleure appropriation par les populations, y compris après le temps des jeux, en ouvrant de nouveaux paysages.

 

 

 

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