Lyon, JMU 2016 – Discussions et échanges

Lors du forum urbain qui s’est tenu à Lyon le 9 novembre 2016, la rencontre, intitulée « Grands projets d’urbanisme… grands idéaux urbains ? » s’est achevée sur une discussion ouverte entre les participants.

Retrouvez la synthèse du forum en cliquant ici 

Discussion et échanges

Roelof VERHAGE (directeur IUL) lance le débat : « Comment traduit-on des grands idéaux en un projet urbain ? »

Stéphane FRIOUX (Historien LARHA) : « La demande est souvent aussi dans la commande, on demande à l’urbaniste de faire passer des enjeux nouveaux : comment fait-on passer cela ? Il invente la démarche pour porter des préoccupations qui reviennent, par exemple « le droit au soleil ».
Les urbanistes ont souvent été des précurseurs, la ville soutenable apparaît dans leurs projets au vingtième siècle bien avant qu’il en soit question politiquement et bien au-delà des enjeux actuels. »

Pete KIRKHAM (Habicoop et Urbamonde) : « Quelques semaines après Habitat III, les urbanistes ont aussi l’objectif de faire du volume. L’ONU nous annonce le triplement de la demande de logement. L’objectif est de vivre de façon décente et que ça fonctionne. »

Roelof VERHAGE : « La question du logement se pose aussi de façon urgente avec les déplacements des migrants. »

Stéphane FRIOUX : «Le quantitatif ne s’oppose pas au qualitatif. La construction du quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne, donne une réponse quantitative avec ses 1500 logements, opération colossale par rapport aux habitudes de l’époque, tout en appliquant ce qu’on appellerait maintenant des principes écologiques, le droit au soleil, les logements avec terrasse… »

Pete KIRKHAM : rappelle l’importance de la participation pour faire émerger les enjeux auxquels sont attachés les habitants.

Adrien PINON (urbaniste diplômé IUL, président Ateliers de la Mouche) : « En tant qu’urbaniste, on dépend du monde politique et de la commande. On a des vocations, des idéaux qu’on ne peut pas appliquer, coincés entre la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre. Il faut faire émerger la notion de maîtrise d’usage pour être plus près des attentes. Pour pouvoir porter mes convictions, je cherche à les appliquer « hors champ de la production urbaine » dans l’association Les Ateliers de la Mouche ». Pour pouvoir développer des idéaux, il faut être porteur d’initiatives.

Jacques VIALETTES (président SFU) : « Il y a différentes façons de chercher à répondre aux attentes et à construire ses idéaux. On peut rechercher le projet parfait qui réunira des intentions similaires de la part des habitants, de la maîtrise d’ouvrage et des professionnels. Ou bien on peut progressivement faire avancer ses propositions et ses positions de projet en projet. Dans ces deux cas, on s’inscrit dans la production courante mais on risque toujours de ne trouver toutes les réponses qu’on aurait souhaitées. Alors on peut se mettre « hors champ », délimiter son projet pour pouvoir en tenir tous les éléments et tous les acteurs. C’est ce que vous tentez avec votre association. »

Stéphane FRIOUX : «Dans l’histoire de l’urbanisme, on constate que les idées viennent souvent du bas vers le haut, des usagers au professionnel, du professionnel au maître d’ouvrage, de l’opération expérimentale vers la règle commune »

Roelof VERHAGE : « Ces évolutions font partie de l’histoire et se déroulent encore aujourd’hui »

Rachel LINOSSIER (Maître de Conférence IUL) : « Il faut boucler la boucle, il y aurait les élus, les politiques et puis le reste du monde ? Non, les élus sont aussi des habitants. Il faut faire en sorte que les questions et les enjeux d’urbanisme soient inscrits à l’agenda politique, ça dépend aussi de chacun de nous. Et puis si vous estimez qu’elles ne le sont pas assez, vous avez une autre solution : engagez-vous en politique »

Une participante : « Il faudrait développer une éducation à l’urbanisme très tôt, dans les écoles, pour que l’urbanisme fasse ensuite partie de la réflexion de tous »

Un participant : estime que serait nécessaire une remise en cause de la démocratie telle qu’on la vit au quotidien avec l’ajout d’une dimension supplémentaire, « l’initiative citoyenne ».

Pierre PEILLON (USH et Conseil de développement) : « Nous avons vu quatre projets, bien présentés avec des enjeux importants, nous avons entendu un propos historique montrant la naissance des enjeux de l’urbanisme et un propos contemporain développant leur mise en œuvre actuelle. Il y a un trou historique dans ce déroulement : pas de chance, c’est la période des grands ensembles, celle où l’on a le plus construit, une période noire où les architectes et les ingénieurs ont pris les choses en main. On porte encore aujourd’hui les mêmes questions dans le renouvellement urbain : où est-ce qu’on s’arrête ? A quoi répond-on ? On oppose par exemple des constats de ce type : « C’est pas ça qui va donner du travail aux gens du quartier »
Autre question, celle du temps, par exemple, le tramway dans le quartier des Etats Unis à Lyon, Tony Garnier était visionnaire, il a prévu dans les années trente l’emplacement de la ligne de tramway qui n’a été réalisée que tout récemment.
Autre question, celle de la forme urbaine : de nombreux projets de renouvellement urbain montrent des espaces intelligents, subtils, etc. mais leur réponse aux attentes est-elle meilleure ?

Stéphane FRIOUX : renvoie à la lecture de Bernard Lepetit, historien qui a beaucoup écrit sur l’histoire des villes et l’épaisseur de l’espace urbain, étudiant les différences entre formes et usages et recherchant les permanences.

Jacques VIALETTES : «  Les grands ensembles n’ont pas été réalisés de façon purement quantitative, uniformément ni sans idéaux. Participant à de nombreux projets et études en Politique de la ville, puis en Renouvellement urbain, j’ai toujours cherché à comprendre les raisons du projet initial et j’ai souvent constaté que, même s’il y avait eu des erreurs, les ensembles qui avaient le mieux vécu, et bien vécu le plus longtemps étaient presque toujours ceux qui avaient été initialement porteurs d’idéaux, ceux qui avaient été le résultat d’un projet généreux ».

Pete KIRKHAM : cite l’exemple d’un quartier de Zurich, réalisé, pensé, financé et géré en participation.

Un urbaniste : « la ville de Grenoble, dans le projet d’un grand musée a choisi de financer pour partie des projets citoyens, issus de démarches participatives »

Roelof VERHAGE : « La recherche des justes objectifs pose aussi la question de la place de l’urbaniste. Est-ce un technicien, un animateur, un concepteur ? »

Adrien PINON : « le rôle de communicant apparaît de plus en plus important pour l’urbaniste, pour permettre les articulations entre usagers, maître d’ouvrage, concepteurs… »

Jacques VIALETTES, invité à conclure par Roelof VERHAGE  : «  Nous pouvons illustrer globalement ce forum par l’exemple du quartier des Gratte-ciel à Villeurbanne. On y retrouve tous les éléments de notre débat de ce soir. C’est un des projets fondateurs de l’urbanisme au XXème siècle qui ont été étudiés par les Masters de l’IUL. On y retrouve comme le rappelait Stéphane FRIOUX des attentes pragmatiques, issues de la base (au départ les villeurbannais avait besoin d’une salle de réunion et de logements) qui se mêlent à la volonté politique de doter la ville d’un centre et aux idées du concepteur. Ces idées sont issues des courants hygiénistes et humanistes qui ont fondé l’urbanisme, elles sont maintenant entrées dans les règles urbanistiques et le geste de l’urbaniste est suffisamment inscrit dans les usages du centre et dans la forme de la ville, pour donner maintenant l’orientation des nouvelles structurations du centre-ville. Il y a dans cet ensemble une conjonction des idéaux.

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