La plaine urbaine comme terre d’hospitalité

En guise de prolongement des JMU 2015 en Nord-Pas de Calais…

En 2015, la Société Française des Urbanistes a proposé comme thème de réflexion pour les Journées Mondiales de l’Urbanisme :

« URBANISME, CITOYENS, URBANISTES ».

Dans la cadre de la déclinaison régionale de cette manifestation, la délégation Nord-Pas de Calais avait alors mis en place un atelier de réflexion, accueilli par le CAUE du Nord, pour traiter d’un cas limite de fabrication de la ville par les habitants  : l’appropriation par les migrants quels qu’ils soient (Roms, gens du voyage, populations exilées de toutes sortes) des espaces en déshérence dans les villes, espaces délaissés, souvent en marge d’infrastructures lourdes (voies rapides routières et voies ferrées en particulier)  que la société urbaine a produit, mais qu’elle se montre inapte à gérer, ou pour lesquels elle est incapable de proposer un quelconque usage.

La question posée dans le cadre de l’atelier était la suivante :

« Gens du voyage, roms, migrants, SDF, …, ces populations – on peut difficilement les qualifier d’habitants puisqu’ils n’ont pas de domicile –  nous interpellent en nous proposant un usage pour des lieux que nous considérons au mieux comme des interstices à enjoliver, au pire comme des espaces de rejet, lieux dont nous n’avions pas, dans tous les cas, pris la mesure. Elles nous rendent compte à leur manière d’un dysfonctionnement de l’espace public, et par suite elles nous interrogent sur un possible projet « réparateur ».

Comment se saisir ce cette question? Quel devenir pour ces lieux? Faut-il les conforter dans l’usage qui nous est proposé puisque :

  • Même expulsées, ces populations reviennent investir ces sites, s’affirmant ainsi comme une composante incontournable de « l’urbanité »;
  • aucune autre offre foncière ne semble adaptée à leur besoin : quand elle existe, elle est généralement quantitativement insuffisante, ou bien elle semble souffrir d’une localisation peu satisfaisante.

  et dans ce cas comment associer ceux qui ont initié ce nouvel usage à une bonification des espaces qu’ils occupent?

 Ou bien faut-il en imaginer un autre, qui ne soit pas cependant de les rendre inaccessibles et de consacrer ainsi le gâchis de l’espace dont ils rendent compte,     et dans ce cas où peuvent s’implanter les populations que l’on déloge? »

 Ont participé à l’atelier, outre la délégation régionale de la SFU, des représentants du CAUE du Nord, de l’Association Régionale des Urbanistes du Nord-Pas de Calais et de Picardie, des étudiants de l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de Lille, des enseignants de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille, et un représentant de l’Association la Sauvegarde du Nord qui apporte un accompagnement social aux populations «nomades» sur le département du Nord en général, et sur la métropole lilloise en particulier.

L’atelier n’a pas permis d’apporter de conclusions définitives. Ce n’était de toute façon pas son objet. Quelques pistes de travail ont cependant été évoquées, en particulier, l’hypothèse d’interventions permettant de maintenir ces populations sur les délaissés qu’elles ont choisi d’investir en leur apportant, avec des techniques permettant l’autoconstruction par exemple, des conditions de salubrité et d’hygiène plus conformes à ce que l’on est en droit d’attendre dans une société dite développée.

Plusieurs exemples indiquent que cette hypothèse ne relève ni de l’utopie, ni de la bonne  conscience :

  • Le journal Libération a rendu compte[1] d’un projet imaginé par un architecte, Olivier Leclercq de l’agence Air architectures[2], en partenariat avec une soixantaine de familles, qui se sont organisées en association (Les bâtisseurs de cabanes) : l’autoconstruction d’un village de maisons écologiques démontables, en lien avec une entreprise de réinsertion;
  • Denis DELBAERE, paysagiste dplg, praticien, mais aussi enseignant et chercheur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille, publie un blog (https://plainesurbaines.wordpress.com/) où il rend compte des appropriations qui s’opèrent, des nouveaux usages qui se développent, ou bien encore des projets qui se mettent en œuvre dans ces interstices urbains, intercalés entre ville et infrastructures, que l’on observe notamment dans l’eurométroplole Lille Kortrijk (Courtrai) Tournai : LIKOTO, et qu’il qualifie de « Plaines urbaines ». Lors de l’une des multiples déambulations qu’il relate dans ce blog, il a repéré l’appropriation faite par des SDF de l’une de ces « plaines », et il montre comment, en effet, plutôt que des dispositifs visant à les exclure ou bien à les empêcher de s’installer, des actions d’accompagnement simples, outre qu’elles faciliteraient leurs conditions de vie, permettraient de les associer à la gestion des lieux.

Avec son autorisation, nous publions l’article dans lequel il avance cette proposition, dans le droit fil de la réflexion initiée par la délégation régionale de la SFU lors des JMU 2015.

Bruno FERACCI, délégué régional SFU des Dessous de la Belgique

17 septembre 2017

[1]     « Le con­tre-pro­jet d’un ar­chi­tecte pour évi­ter l’ex­pul­sion d’un bi­don­ville » – Syl­vain Mouillard – Li­bé­ra­tion du 2 février 2016

[2]    Cette agence a, de­puis, étu­dié ou mis en œu­vre plu­sieurs pro­jets, à vo­ca­tion tran­si­toire, dé­mon­ta­bles ou ré­uti­li­sa­bles, en vue d’ac­cueillir des pou­la­tions mi­gran­tes (www.airarchitectures.com).

 

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