53 perceptions de la ville… et 4 lauréats

53 photographies sont parvenues à la Société Française des Urbanistes en réponse au concours lancé le 17 juin dernier et dont la clôture était fixée au 30 septembre. Sans forfanterie excessive, nous sommes très heureux de ce résultat que nous considérons comme un succès pour une première. Avec comme thème « La perception de la ville aujourd’hui », des contributions comportant une photographie et un texte d’accompagnement étaient sollicités de la part des urbanistes, qu’ils soient étudiant débutant ou professionnel aguerri.

Rappelons :

  • que le concours a été créé sur proposition d’Elias Buchwald, administrateur de la SFU, à partir du constat que la rubrique « La photo du mois » de notre site internet suscitait bien peu d’envois de la part de nos sociétaires, au point qu’il avait fallu la rebaptiser « La photo du mois (ou presque…) » ;
  • que quatre autres administrateurs, Mélissa Chiri, Céline Tixier, Bruno Feracci et Laurent Vigneau l’ont rejoint pour organiser cette consultation et qu’ils n’ont pas ménagé leur peine pour la mener à bien ;
  • que la revue Urbanisme a répondu favorablement à notre souhait de mettre en place un partenariat avec elle, en particulier pour doter les lauréats du concours, et qu’il faut l’en remercier encore ;
  • et qu’enfin Alex Michanol, photographe professionnel de talent, dont le travail porte notamment sur l’architecture et la ville, a accepté d’assurer la présidence du jury au cours duquel il a pu nous faire bénéficier de son expérience et nous apporter son avis éclairé. Nous lui avons demandé de nous décrire sa passion et de nous expliquer sa démarche qui sont présentées à la fin de cet article.

Les participants :

4 envois n’ont pas respecté les prescriptions du règlement de concours. Le jury les a donc écartés pour porter son attention sur les 49 clichés jugés recevables.

Les étudiants, notamment en architecture, ont d’ailleurs été nombreux à répondre, ce que nous saluons bien volontiers : 21 envois sur les 49 admissibles, soit 43 % des participants. Parmi les 28 professionnels, 12 se présentent comme architecte-urbaniste, 1 est chercheur et enseignant, les autres occupent des fonctions opérationnelles au sein d’organismes privés ou publics, ou bien au sein d’une collectivité territoriale.

Les lauréats :

Le jury s’est réuni à deux reprises pour désigner les différents lauréats. Une première séance a conduit à pré-sélectionner collectivement 27 photographies parmi lesquelles chacun en a retenu 6 qu’il a présentées lors d’une deuxième réunion. A l’issue d’échanges animés, mais toujours sympathiques, trois prix ont été attribués par l’ensemble des membres du jury, tandis que Maider Darricau, rédactrice en chef adjointe, et Lucas Boudier, rédacteur, désignaient le prix spécial de la revue Urbanisme.

Les photos des lauréats sont accompagnées du texte de présentation rédigé par les auteurs, tandis qu’Alex Michanol a bien voulu pour chacune des photos primées apporter un commentaire que nous avons intitulé « L’œil du président ».

Premier prix : Aglaé THEBAUD

Architecte Diplômée d’Etat et Urbaniste, diplômée du master Architecture, Urbanisme et Etudes Politiques (ENSAG /IUGA / Sciences Po) à l’Université de Grenoble

Photo prise le 2 décembre 2024, Avenue Gabriel Péri, Saint-Martin-d’Hères (38)

CECI N’EST PAS UNE VILLE.
Ces lieux, on les nomme à demi-mot « entrée de ville », comme si on refusait de les voir comme partie intégrante de la ville.
Nos zones commerciales sont cependant ancrées dans notre habitat. Les grandes enseignes, les chaînes de restauration rapide, l’odeur de l’essence, le bruit des moteurs, la vue de l’asphalte ne correspondent pas à notre perception de la ville. L’entrée de ville est un non-lieu, une zone grise : on la traverse sans l’expérimenter.
Pourtant des milliers de personnes sillonnent ces espaces chaque jour. Notre rôle n’est-il donc pas de rendre leur visibilité à ces lieux, pour qu’on puisse les percevoir comme une partie de la ville ?

L’œil du président du jury :
Espace en déshérence, ersatz d’élégance avec la clôture en métal et son lampadaire chic suranné.
La couleur du restaurant égaye la grisaille et son rappel sur l’immeuble en arrière-plan, rompt la monotonie linéaire de ce dernier, établissant un lien avec ses habitants, potentiels clients.
La composition avec les verticales et les lignes de force horizontales, contribue au caractère formel et fonctionnel du bâti de cette zone commerciale en périphérie.
La répétition des fenêtres contraste avec les murs aveugles de l’arrière-cour du restaurant dont l’enseigne tente d’indiquer sa présence aux passants.

Deuxième Prix : Arman AGOPYAN

Architecte-urbaniste

Photo prise le 8 février 2023 à Monterosso al Mare, Italie

PANCHINA

Au milieu de l’image, un banc. Derrière, le village. Une simple assise, sur un point haut, au bout de la ville. Elle est autant à l’écart que parfaitement intégrée dans le paysage urbain.
Mais le point de vue offert depuis le promontoire ne permet pas seulement de mieux voir la ville, il devient aussi la ville, façonnant son image. Monterosso al Mare se met elle-même en scène à travers l’angle qu’elle nous livre : celui du banc. Ainsi, elle ne dévoile qu’une vérité partielle.
Bien que partiale, cette perception est cruciale aujourd’hui, puisqu’elle engendre un regard critique. La voir permet de l’interroger, l’évaluer, voire la connaître.
En cela, ces espaces publics sont essentiels : percevoir nos villes, c’est un peu les comprendre.

L’œil du président du jury :
Généreux soleil d’un sud suggéré. La pierre blanchie par le soleil.
Le toit comme centre de contemplation du paysage urbain.
Le banc élément central de la composition évite la trivialité du cliché.
La nature est encore bien présente et revendique ses terres transfigurées par l’homme.

Deuxième Prix ex aequo : Eva LORENTZ

étudiante en Urbanisme et Génie de l’urbain au sein de l’EIVP, l’Université Gustave Eiffel et Paris 1 Panthéon Sorbonne

Photo prise lors d’une déambulation urbaine en tête-à-tête avec moi-même, le 3 mars 2025 à 18h52, Galeries Lafayette

HAUT’HEURE
L’anonymité vivante s’élève.
Son unique pouvoir est sa position. Aussi humble que courageuse, elle s’émancipe, s’accorde le droit de contempler la ville autrement. Ne pas subir les immensités de béton qui l’entourent, mais les contrôler pleinement.
A trente-trois mètres de son quotidien, la ville devient le champ de tous les possibles. Une masse d’opportunité, de souvenirs, une carte vivante.
Entre contrastes, redondances, ambiances, dynamiques et matérialités, contemplons avec hauteur, choisissons notre ville contemporaine, nous sommes des rêveurs.

L’œil du président du jury :
Ilot urbain, toit refuge pour appréhender la ville au dessus du tumulte des boulevards.
Rectitude, hauteur et pierre de taille imposées par Haussmann.
Une nuée à l’unisson pour profiter des derniers instants du jour d’un quartier d’affaires qui s’endort.

Prix spécial de la Revue Urbanisme : Nicolas BATAILLON

Urbaniste (Ville de Lille)

Photo prise le 15 juillet 2025 depuis le Pont de Flandres à Lille, face à l’ancienne cité administrative

CUEILLETTE
La photographie capture une pratique champêtre dans un cadre très urbain : celle d’une cueillette sauvage, au pied d’un immeuble de grande hauteur.
En premier lieu, c’est la question de la perception et l’usage des espaces en friche qui est sous-tendue. Cet homme introduit un marqueur rural dans sa vie citadine en s’appropriant ce délaissé naturel.
Ce cliché permet également de mettre en avant une réalité de la ville : celle des contrastes et des rapports d’échelle qu’elle porte en elle.
Ici ils s’expriment par l’opposition entre la verticalité de l’IGH, et le cueilleur, ancré dans le sol. Mais aussi par la qualité architecturale du bâtiment brutaliste face à son
environnement déqualifié. Enfin, la photographie explore le sujet des limites et de la
résidentialisation des espaces urbains.
La clôture sépare brutalement le parking, vide et stérile, du délaissé urbain, accessible, qui génère quant à lui un usage inattendu…

L’œil du président du jury :
Ancienne cité administrative abandonnée qui s’oppose à une nature qui reprend ses droits avec vivacité.
L’homme bâtisseur redevient cueilleur.
Et le vélo évoque la nouvelle mobilité douce urbaine.

Les suites :

Conformément aux termes du règlement de concours, les lauréats du premier prix et du prix spécial de la revue Urbanisme se verront attribuer un abonnement numérique d’un an à la revue Urbanisme. Le vainqueur du premier prix sera en outre gratifié d’un « pass » annuel pour deux personnes à la Cité de l’architecture et du patrimoine .
En outre, le jury a proposé que les quatre lauréats puissent bénéficier d’une adhésion gratuite d’un an à la Société Française des Urbanistes. Il leur sera proposé un échange en visio-conférence avec les membres du Conseil d’administration pour évoquer le bilan qu’ils font du concours en même temps que pour valider cette adhésion.

Enfin, que les participants non primés se rassurent… Il leur a été demandé d’autoriser la Société Française des Urbanistes à publier leurs clichés. Nous ne manquerons pas de le faire, avec leurs textes d’accompagnement et leurs références. Et puis, le succès remporté par le concours nous incite à renouveler l’expérience. Alors, concurrents malheureux, nettoyez vos objectifs, ouvrez les yeux et déclenchez pour participer à l’édition 2026 !

  Alex MICHANOL , photographe

Né à Madagascar, Alex Michanol a grandi à Paris où il a découvert la photographie à l’âge de 13 ans lorsque le photographe Francisco Hidalgo est venu à son collège en tant que conférencier. À l’âge de 15 ans, il  passe un semestre à l’American Center of Paris, où il suit un cours de photographie de portrait dirigé par Scott Mac Leay.

Afin de mieux comprendre le monde, il étudie la géographie à l’université Panthéon-Sorbonne. A l’âge de 25 ans, il a la chance de travailler comme assistant photo pour les meilleurs photographes de mode dans les célèbres studios photos parisiens, Pin-Up Studios.

Photographe professionnel indépendant pendant 4 ans, il travaille pour des agences photos, des magazines people et de presse, SYGMA, Madame Figaro, VSD, Rock & Folk et les Architectes Chemetov, Huidobro.

A 30 ans, sélectionné par le Club des Directeurs Artistiques de Paris il expose en solo son travail sur les rockabilly week-enders.

Pour financer ses projets personnels, il rejoint Lighthouse Production à Paris en tant que producteur photo. Ayant déjà gagné la confiance de nombreux photographes avec lesquels il a travaillé, ses compétences en matière de gestion d’équipe et d’organisation l’ont amené à s’occuper de grandes productions mondiales en tant que producteur délégué pendant 3 décennies.

Conférencier à l’école photographique Speos à Paris, il partage son expérience de l’industrie photographique avec les photographes en Master RNCP7.

Citoyen du monde avec un oeil aiguisé et témoin des changements du millénaire ; la beauté géométrique naturelle, les constructions de l’homme ainsi que les interactions humaines sont les champs d’exploration de ses errances photographiques.

Observateur d’un monde en mouvement avec une vision sensible, le photographe a ce privilège de donner à voir, d’offrir un arrêt sur image dans le tourbillon quotidien, en gardant une trace de l’instant…

Photographier c’est écrire avec la lumière et se relier au monde.