Cité-jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry : il est encore temps de bien faire

Riche visite de la cité-jardin de la Butte Rouge organisée par notre association le 9 septembre dernier avec la présence d’habitants, de membres des associations de défense du quartier, d’un représentant de la Fondation Abbé Pierre, ou même de simples passionnés du patrimoine venus en nombre. Ceci a permis une visite vivante, nourrie par des échanges multiples et très intéressants entre participants.

La cité-jardin

Michel Cantal Dupart, membre d’honneur de la SFU, architecte et urbaniste qu’il n’est plus nécessaire de présenter, nous avait fait l’amitié de conduire la visite. Il a notamment mené dès la fin des années (19)70, avec Roland Castro et Antoine Stinco, une analyse approfondie de la cité de la Butte Rouge (*).

Après avoir brièvement évoqué les idées fortes de la réflexion urbanistique en cours dans la première moitié du XXème siècle qui ont sous-tendu la conception de la cité, il a rappelé qu’avant d’être un ensemble architectural, la Butte Rouge est d’abord un ensemble urbain cohérent, qu’il convient d’apprécier dans sa globalité.

En effet,  la cité-jardin a été conçue avec une intention précise : offrir à ses habitants une ville qui puisse accueillir un « tiers-temps » dédié aux activités de loisir et de détente. Au-delà des équipements et commerces nécessaires à faire vivre le quartier, la place accordée aux espaces extérieurs et à la nature a donc été un élément majeur de l’organisation de la cité : « un rêve réalisé » selon ses mots.

Il a en même temps mis en évidence les multiples  échelles qui ont été prises en compte dans la conception de cet ensemble exceptionnel, depuis son articulation avec l’urbanisation et le réseau viaire préexistants jusqu’aux plus petits détails architecturaux comme le dessin d’une entrée d’immeuble ou d’un balcon, en passant par la remarquable prise en compte de la topographie du site, la justesse des tracés sur lesquels s’appuie la composition générale, la subtilité de la volumétrie et de l’implantation des constructions ou bien encore la place accordée à la nature.

Le projet de modification du PLU

Barbara Gutglas, architecte, membre de l’Association Châtenay Patrimoine Environnement qui milite pour une réhabilitation respectueuse de la Cité, nous a ensuite rendu compte des dispositions inscrites dans le projet de modification n°4 du PLU de la commune de Châtenay-Malabry. 

Des premières constatations que les sociétaires SFU présents à la visite ont pu faire, il apparaît que l’approche qui a été menée pour ce projet est fragmentaire et prend insuffisamment en compte l’organisation générale du site.

En effet, les prescriptions sont proposées « au coup par coup », sans vision d’ensemble et la réflexion patrimoniale qui a été menée précédemment ne transparaît pas ou très insuffisamment. Sans doute quelques immeubles implantés en des lieux stratégiques seront préservés, mais ceux qui les accompagnent sont susceptibles d’être transformés, voire démolis, au point que le plan d’ensemble de la cité perdra sa cohérence initiale et que les bâtiments maintenus ne demeureront que comme les traces d’un passé révolu. 

Au final, le projet de rénovation de la Butte Rouge s’attache aux éléments bâtis, sans prendre en compte le fait qu’ils ne sont qu’un des éléments d’une combinaison fragile et extrêmement travaillée lors de la conception originelle, qui imbrique et organise dans une complémentarité subtile composition urbaine, morphologie, réseaux, espaces publics, nature, et culture du vivre ensemble et du temps libre.  

Ainsi, la cité-jardin de la Butte Rouge est un ensemble exceptionnel, qui constitue sans doute la mise en œuvre la plus aboutie de la réflexion sur les cités-jardins initiée en 1898 par Ebenezer Howard, du fait notamment :

– de la cohérence de son plan d’ensemble et de sa parfaite inscription dans le site, 

– de sa dimension et de sa diversité typologique,

– de la présence de nombreux bâtiments de grande qualité architecturale, 

– de la remarquable qualité de ses espaces extérieurs,

– de sa richesse programmatique, qu’il est possible d’amplifier encore, 

– de son ambition sociale : une cité conçue pour une population qui englobe « les ouvriers non qualifiés » jusqu’aux « ingénieurs et techniciens appartenant aux états-majors industriels« , ambition qu’il convient de continuer à affirmer.

Deux questions enfin quant aux conclusions motivées de l’enquête publique menée à l’occasion de ce projet de modification du PLU :

– une question de cohérence d’abord. Le commissaire enquêteur, qui se félicite d’une « participation du public extrêmement forte« , indique qu’elle a donné lieu à 1364 observations défavorables au projet (soit plus de 85% de l’ensemble des observations) pour 230 favorables (soit moins de 15% du total des avis formulés). Il émet ensuite un avis favorable au projet. On comprend mal une telle décision quand on s’est réjoui d’une très importante participation qui est à une très large majorité défavorable au projet. 

– une question de méthode ensuite. Le commissaire-enquêteur rappelle l’engagement de la ville de Châtenay-Malabry de proposer le classement de la cité-jardin de la Butte en Site Patrimonial Remarquable (SPR). Il précise ensuite qu’il y aura lieu de garantir la compatibilité dudit SPR avec le projet de modification du PLU. C’est dans l’autre sens qu’il faut procéder en engageant, avant toute intervention qui pourrait porter atteinte à ce témoignage exceptionnel, une procédure de classement de la cité-jardin en SPR, dont les conclusions serviront ensuite de base à une modification du PLU.  

Plusieurs fois durant la visite, a été évoqué un savoir-faire en matière de composition urbaine et d’organisation sociale en partie perdu. De nombreux architectes, paysagistes, et urbanistes de renommée internationale se sont exprimés pour une sauvegarde de cette opération exemplaire. La Société Française des Urbanistes affirme que la procédure de classement en Site Patrimonial Remarquable de la cité de la Butte Rouge doit être l’occasion d’une travail de réflexion particulièrement  argumenté et abouti, pourquoi pas à travers la constitution d’un atelier international. Faut-il le rappeler en effet, la cité-jardin s’inscrit dans un mouvement qui dépasse le simple cadre communal et renvoie à une échelle européenne. Alors on pourra envisager une réhabilitation à la hauteur des savoir-faire qui ont conduit à la réalisation de la cité-jardin de la Butte Rouge.

Le bureau de la SFU

(*La ville à livre ouvert – Regard sur cinquante ans d’habitat, Editions La Documentation Française, Paris, 1980

Nota : photos illustrant l’article © Francis DORSO