De Barcelone à Lima, une expérience d’adaptation du modèle urbain des super-îlots

L’urbaniste espagnol Salvador RUEDA a formulé dans les années 1980 une proposition de transformation de la ville de Barcelone à partir de la création de super-îlots urbains : il s’agit de grouper, selon un carré, 9 îlots « traditionnels » de la ville. Les îlots du plan CERDA sont constitués par des carrés de 113 x 113 mètres, séparés par des voies de 20 mètres de largeur en moyenne ; les super-îlots forment ainsi un nouveau carré de 380 mètres de côté environ. La circulation de transit est reportée à la périphérie de ce super-îlot, tandis que les voies intérieures n’acceptent comme véhicules motorisés que les résidents, les secours et, le cas échéant, les livraisons. La place leur est comptée et leur vitesse est fortement limitée. Les transports publics sont redirigés vers les voiries périphériques aux super-îlots. L’espace public des voies intérieures est transformé en une plate-forme unique, traitée selon le principe des cours urbaines hollandaises (woonerf). La priorité est donnée aux piétons, le détail d’aménagement de chaque rue est adapté en fonction des spécificités des sous-ensembles qui composent le super-îlot.

De l’îlot au super-îlot                                                                       Source : City Makers (https://citymakers.org/)

Depuis 2016, la municipalité de Barcelone met progressivement en place ce modèle de requalification urbaine. D’autres villes ont réfléchi à le transposer sur leur territoire. On citera par exemple :
– la ville de Lyon qui l’expérimente dans la quartier de la Part-Dieu dans le secteur de la rue et de la place Danton,
– et la ville de Lima, capitale du Pérou, où a été engagée une importante opération qui vise à adapter ce modèle sur un quartier de la ville.
C’est cette dernière expérience que Cristina MANGET SÁNCHEZ-SACRISTÁN, ingénieure en génie civil, avec une spécialisation transports et urbanisme, entend nous présenter lors du prochain Rendez-vous de la SFU, le 16 mai 2025. Elle nous propose ci-dessous un résumé de son intervention.

Résumé de la présentation

La ville est le lieu où les besoins humains, multiples et changeants, sont le mieux satisfaits, et elle évolue avec eux. Les villes du XXIe siècle font face à des défis croissants dans une société demandant toujours plus de dynamisme en matière de mobilité. Depuis le XIXe siècle, les développements urbains ont privilégié les transports mécanisés, reléguant piétons et modes de déplacement doux au second plan.

Cela a rendu les villes difficilement supportables, avec une motorisation excessive, des pollutions sonore et atmosphérique, une expansion urbaine incontrôlée et la gentrification des centres. Face à cette situation, de nombreuses théories visent à régénérer les espaces urbains pour redonner la ville aux habitants, notamment le modèle des super-îlots de Barcelone, développé par Salvador RUEDA.

À Lima, un projet de régénération urbaine prévoit d’appliquer le modèle des super-îlots au district de Lince : le quartier est recomposé en 15 super-îlots. Les sens de circulation sont repensés de façon à former des boucles à sens unique. Les rues comportent une bande de stationnement, et des chicanes de type cour urbaine modèrent le trafic. L’intervention se déroulera en trois étapes : modification du trafic, urbanisme « tactique » et aménagement final.

Ce projet démontre qu’il est possible de changer le paradigme de la ville grâce à une requalification urbaine à faible coût, en transformant un système de mobilité motorisée en un système centré sur les citoyens et leurs besoins. Cette approche favorise un développement urbain plus durable, en réduisant la consommation de ressources, l’impact sur l’environnement et les risques pour la santé publique.

Cristina MANGET SÁNCHEZ-SACRISTÁN

Née à Madrid, Cristina MANGET SÁNCHEZ-SACRISTÁN est entrée en septembre 2016 à l’Escuela Técnica Superior de Ingenieros de Caminos, Canales y Puertos (l’École d’ingénierie civile) de l’Universidad Politécnica de Madrid (UPM) en tant qu’étudiante du diplôme de génie civil et territorial, qu’elle a obtenu en juin 2021 dans le cursus des transports et de l’urbanisme.

En septembre 2021, elle commence un double diplôme à l’École des Ponts et Chaussées dans le cursus des transports, et à l’UPM pour un master en génie civil. Au cours de sa scolarité, elle a développé une participation active dans la vie associative des deux Écoles.
En juillet 2022, dans le cadre de son stage, elle rejoint le bureau de la Banque Mondiale à Lima en tant que consultante en transport. Grâce à cette expérience, elle a pu entrer en contact avec les réalités et les besoins de la ville, non seulement en tant qu’habitante, mais aussi en participant à divers projets menés dans tout le Pérou et plus particulièrement à Lima. Dirigé par Felipe TARGA, spécialiste senior des transports urbains à la Banque Mondiale et ancien vice-ministre des transports de Colombie, l’un de ces projets est un programme en plusieurs phases qui vise à réformer la ville sur différents domaines. À cette occasion, Cristina a été confrontée à la théorie des super-îlots et, dans le cadre de ce projet, elle a eu l’occasion de rencontrer leur initiateur, Salvador RUEDA, et d’assister à certains de ses cours.

De retour à Paris et à Madrid pour compléter ses études, elle se spécialise dans l’interaction entre les transports et la planification urbaine. A partir des connaissances et de l’expérience acquises lors de son séjour à Lima, elle a élaboré son projet de fin d’études sous la direction de Cristina LÓPEZ GARCIA de LEÁNIZ, ingénieure civile spécialisée dans les transports et la planification urbaine et chercheur principal à TRANSyT (Centre de recherche sur les transports), et de Laurent VIGNEAU, Directeur de la Recherche, du Développement et de l’Innovation du groupe ARTELIA et co-président de la Société Française des Urbanistes.

Cristina MANGET SÁNCHEZ-SACRISTÁN est actuellement intégrée à l’équipe chargée des routes et de la mobilité chez AYESA, l’un des principaux bureaux d’études espagnols.

Alors, arriverons-nous à adapter les super-îlots de Salvador RUEDA dans des contextes urbains différents de celui de Barcelone
en vue de mettre en œuvre un projet de régénération de la ville qui réponde au mieux aux aspirations de ses habitants ?

Pour le savoir, rejoignez-nous en visio-conférence le vendredi 16 mai 2025 de 18 heures à 19H30 en cliquant ici.

Les Rendez-vous de la SFU, c’est ouvert à tous, professionnels ou simples passionnés de l’urbanisme, et c’est gratuit.