Le recours de plus en plus répandu, et souhaitable, à des matériaux renouvelables dans la construction a conduit depuis quelques années à utiliser fréquemment le bois, à la fois comme élément structurel et comme enveloppe du bâtiment. Cet usage est cependant moins récent qu’on pourrait le croire. A la fin du XVIIIe siècle en effet, certaines villes qui étaient en même temps des places fortes, ont vu s’édifier dans leurs faubourgs de nombreuses constructions en bois. On citera en particulier le cas de la ville de Lille où a été prise notre photo du mois.

La préoccupation n’était alors pas tant d’ordre écologique que défensif. Il s’agissait en effet, en cas d’agression ennemie, de pouvoir détruire rapidement, notamment en les incendiant, les constructions situées en dehors de la ville intra-muros afin de permettre des vues dégagées vers l’assaillant depuis les fortifications, en même temps que de ne pas mettre à sa disposition d’éventuels abris susceptibles de favoriser un siège. Didier JOSEPH-FRANÇOIS, architecte et urbaniste, ancien directeur du CAUE du Nord, qui fut professeur à l’École Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille et professeur invité à l’Institut Supérieur d’Architecture Saint Luc de Gand (Belgique) rappelle, à la page 226 de son ouvrage aussi érudit que remarquable Lille, la maison et la ville (1), les règles qui régissaient l’implantation des constructions à l’extérieur de l’enceinte fortifiée. « À partir d’une ligne fictive établie à 60 mètres (200 pieds) du parement des murs, une première zone stricte non aedificandi s’étend sur 250 mètres. (…) Une deuxième zone est établie jusqu’à 487 mètres de la place ; il est permis d’y élever des constructions en bois et en terre » étant précisé que les propriétaires ont « la charge de les démolir immédiatement et d’enlever les décombres et les matériaux sans indemnité à la première réquisition de l’autorité militaire ».
Cette réglementation sera reconduite jusqu’au 19 octobre 1919, date de la décision du démantèlement de la place de Lille. Elle a donné lieu à la constitution de faubourgs où maisons ouvrières, cafés et cabarets se caractérisent par leur architecture en bois. Plus que des dommages de guerre, ce sont de ceux du temps que ces constructions ont souffert. Il en reste cependant quelques unes dont celle qui illustre notre article, sise dans le faubourg de Roubaix que l’on traverse en quittant le centre de Lille par le nord-est.

(1)  Joseph-François D. (2019). Lille, la maison et la ville. Ateliergaleriéditions.