Réseau associatif des urbanistes, contribution SFU aux réunions IAU

RICHESSE DU RESEAU ASSOCIATIF NATIONAL ET REGIONAL  DES URBANISTES

Le paysage des associations françaises d’urbanistes professionnels est complexe. Outre la Société française des urbanistes et ses associations régionales,  existent un Conseil français des urbanistes, qui a vocation à réunir les différentes associations, un Collectif national des jeunes urbanistes, qui a vocation à fédérer les associations d’étudiants et de diplômés des Instituts d’urbanisme, les Urbanistes des territoires, qui réunissent des professionnels de la fonction publique territoriale, dans cette même fonction publique, la branche urbanisme de l’Association des ingénieurs territoriaux français, probablement d’autres associations nationales encore et puis de nombreuses associations régionales, s’adressant parfois largement aux professionnels de l’urbanisme et pas seulement aux urbanistes.

Existent aussi l’Association pour la promotion de l’enseignement et de la recherche en aménagement et en urbanisme, qui réunit les formations en urbanisme et l’Office professionnel de qualification des urbanistes qui a vocation à délivrer la qualification d’urbaniste.

Régulièrement le ministère en charge de l’urbanisme reproche aux associations d’urbanistes leur manque de lisibilité, Il leur demande de se réunir et de parler d’une même et forte voix… laissant entendre que l’absence de reconnaissance officielle de l’urbanisme serait due à la division des associations d’urbanistes.

La SFU estime qu’il faut inverser ce diagnostic. En réalité l’ur­ba­nisme est mal re­con­nu, et c’est pourquoi les ur­ba­nis­tes se di­vi­sent. Comment pourraient-ils rester toujours réunis face un refus officiel répété de leur reconnaissance professionnelle depuis une centaine d’années ? Au contraire, dans ces conditions difficiles, la vigueur que montrent toutes ces associations prouve la permanence de l’urbanisme et la nécessité de la reconnaissance professionnelle des urbanistes.

Très centralisées à l’origine, les organisations d’urbanistes ont connu, au fil du temps, une régionalisation significative, au point qu’aujourd’hui ce sont peut-être les associations régionales qui témoignent de l’activité la plus intense, à côté d’institutions nationales qui cherchent leur place au sein d’une nébuleuse où le néophyte, et même l’urbaniste qualifié, peine à se repérer. La représentation associative des urbanistes est issue d’une longue histoire d’investissement humaniste intense et de tentatives successives d’obtenir la reconnaissance de leur profession.

Au commencement était la SFU

La fondation

Créée en 1911, au sein du Musée Social, la « Société Française des Urbanistes » a vocation à œuvrer au développement de la discipline de l’urbanisme et de la profession d’urbaniste dont elle invente le nom. Issu du musée social également, un groupe équivalent, « l’Art urbain », disparaîtra vers 1920, au moment où la SFU trouvera son développement autonome. Association nationale, elle a des délégations régionales.

Un urbanisme militant

La SFU, première association professionnelle d’urbanistes dans le monde et longtemps la seule en France, anime pendant la première moitié du vingtième siècle la construction de l’urbanisme par le militantisme de différents professionnels : ingénieurs municipaux, fonctionnaires, architectes… Tout en remplissant leurs fonctions, ils inventent l’urbanisme et les urbanistes.

L’aménagement de la France fonctionnelle

Après la deuxième guerre mondiale, au cours des années 1950, l’aménagement national nécessite la création ou le renfort de grands corps professionnels : dans l’Etat et les grandes entreprises, les ingénieurs sont aux manettes, c’est la France fonctionnelle. Des débats complexes rappellent tout de même la nécessité d’études pluridisciplinaires approfondies, la prise en compte du contexte, la dimension sociale… La profession d’urbaniste y trouve une place. La SFU continue à définir les tâches de l’urbanisme et la formation à l’urbanisme. Elle admet sur critères les « urbanistes SFU », seul titre professionnel, mais se heurte toujours au refus d’une reconnaissance officielle de l’urbanisme.

Avec la régionalisation, multiplication des urbanistes et des associations

A partir de 1980[1], la régionalisation, la redistribution administrative et le poids grandissant des collectivités locales, multiplient les nouvelles demandes d’urbanisme. Les urbanistes affluent à la SFU, ils créent aussi des associations par statut professionnel, et les premières associations régionales. La SFU elle-même crée des collèges par mode d’exercice (qui prendront parfois leur autonomie), et développe le rôle de ses associations régionales.

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De cette période datent APUCT (l’Association des Professionnels de l’Urbanisme des Collectivités territoriales, maintenant UT), AUDE (l’Association des Urbanistes dans l’Etat, lesquels ont maintenant rejoint la SFU), et aussi l’AFUA, l’AGU, l’APUCE, l’APCAUE[2], … Beaucoup ont ensuite disparu. Les associations par mode d’exercice perdent leur raison d’être car les nouveaux emplois n’ouvrent vers aucun statut d’urbaniste, et d’autre part le mode d’exercice se révèle une entrée trop étroite pour réfléchir aux grandes questions d’urbanisme.

Les associations régionales, nées dans cette période, APUMP, APURL, APUA, SFU PACA, ARUNPP, ARISFU, ARASFU[3], etc., auront une vie plus longue, car la dimension régionale les met en relation, sur le terrain, avec toutes les questions d’urbanisme et d’aménagement et avec la plupart des acteurs. Cette légitimité se renforcera à mesure que s’achèvera la régionalisation.

Juste avant l’an 2000, le début d’une reconnaissance professionnelle…

Après les premières tentatives de 1979 et 1983, conduites par la SFU, la création d’un Office Professionnel de Qualification des Urbanistes (OPQU) aboutit enfin en 1998. Toutes les associations y participent, et une fédération, Profession urbaniste, devenu ensuite le CFDU (Conseil Français des Urbanistes), est chargée de regrouper les associations d’urbanistes pour créer l’office de qualification.

Début de reconnaissance officielle, le Ministre en charge de l’urbanisme et l’Association des Maires de France (AMF) apportent leur soutien à l’OPQU. La qualification d’urbaniste sera délivrée sur la base d’une formation (bac + 5 ou 6) et d’un exercice professionnel en urbanisme de 2 à 10 ans selon la formation initiale.

L’OPQU est en charge d’une délégation de service public et un commissaire du gouvernement, délégué par le Ministère participe à son conseil d’administration et à son assemblée générale.  Aujourd’hui, l’OPQU a délivré plus de 900  qualifications d’urbaniste.

Les formations se structurent aussi à la fin du vingtième siècle : en 1984 l’APERAU (Association pour la Promotion de l’Enseignement et de la Recherche en Aménagement et Urbanisme) réunit les six formations françaises[4]  autour d’une charte définissant ce que doit être une formation en urbanisme et aménagement. L’APERAU est reconnue association internationale francophone en 1997.

En 1985, la SFU est l’une des associations nationales fondatrices du Conseil Européen des Urbanistes (ECTP-CEU[5]), qui rassemble les associations nationales d’urbanistes des pays européens. ECTP-CEU est un lieu d’échange, de production et de diffusion d’idées et de bonnes pratiques entre les associations membres et à travers elles, les urbanistes européens. ECTP-CEU  inscrit dans sa charte les taches des urbanistes européens, leur devoirs, ce sur quoi doit s’appuyer leur qualification.

ECTP-CEU a renouvelé la charte de l’urbanisme européen en 2014, et achève actuellement un travail approfondi de plusieurs années sur les formations et qualifications des urbanistes en Europe.

Nouveaux obstacles, mais renforcement de la vie associative

Peu après le début du vingt et unième siècle, voilà les urbanistes brutalement ramenés en arrière : l’accès au concours d’ingénieur territorial qui était jusque-là ouvert aux diplômés en urbanisme devient impossible. Or les collectivités locales étaient devenues des lieux essentiels pour l’exercice de l’urbanisme et un débouché important pour certains Instituts d’urbanisme, dont les diplômés trouvaient toute leur place dans la fonction territoriale.

Face à cette injustice, les associations d’urbanistes professionnels se rapprochent des Instituts d’Urbanisme et de leurs étudiants. Aux Journées mondiales de l’urbanisme de Lyon en 2009, la SFU invite la première réunion des représentants des étudiants et diplômés de tous les Instituts qui se trouvent face à cette difficulté. Les urbanistes professionnels à titre personnel, leurs associations collectivement et nombre d’élus leur apportent un soutien massif.

Ce premier rassemblement donnera naissance au CNJU (Collectif National des Jeunes Urbanistes), lequel fédère maintenant une grande partie des associations d’étudiants et diplômés des Instituts d’urbanisme. Mais en bientôt dix ans, aucune réponse n’a été donnée à leur revendication.

Au début du XXIème siècle, les associations d’urbanistes  ont largement participé aux concertations pour diverses nouvelles lois sur l’urbanisme (loi SRU, loi sur l’urbanisme commercial, loi ALUR, etc.). Les associations d’urbanistes, et en particulier la SFU, se sont mises à disposition de groupes d’étude de l’Assemblée ou du Sénat. Leurs propositions ont été écoutées et souvent adoptées…

… à l’exception systématique de celles qui concernaient la reconnaissance de la profession d’urbaniste.

En 2014, les associations professionnelles d’urbanistes ont dû à nouveau se mobiliser fortement pour le maintien de la mention urbanisme et aménagement laquelle risquait de disparaitre, menaçant inexplicablement les Instituts d’urbanisme, malgré les évaluations toujours très positives  de leurs diplômes. L’action des professionnels est venue en appui de celles de l’APERAU, des enseignants-chercheurs de la section 24 du CNU et de plusieurs élus.

Des événements importants marquent chaque année la vie associative des urbanistes :

  • L’université d’été du CFDU, la dernière semaine d’août, permet aux urbanistes et à leurs associations de se réunir et d ‘échanger autour d’une thématique commune proposée par le CFDU.
  • Les Journées mondiales de l’urbanisme (JMU) organisées par la SFU chaque année début novembre (le jour mondial de l’urbanisme est fixé au 8 novembre) en France métropolitaine ou Outre-mer ; les JMU de 2011 marquent le centenaire de la SFU. Les JMU traitent en général d’une question d’éthique de l’urbanisme. Les JMU sont maintenant régionales, plusieurs délégations régionales de la SFU organisent simultanément des forums détaillant la question posée au niveau national. Par exemple l’équité urbaine se détaille en équité urbaine et espace public, équité urbaine et logement, projet coopératif, infrastructure et équité…
  • Une association régionale comme l’APUMP (rejointe à cette occasion par ULR et APUA) rassemble cinq cent personnes pour de remarquables « Echanges urbains ».
  • D’autres organisent des forums thématiques qui déplacent de nombreux professionnels et associatifs, pas seulement des urbanistes.
  • Si l’on y regarde bien, l’UE du CFDU à Dunkerque ou à Poitiers, ou les JMU de Lyon, Marseille ou Sedan sont aussi des succès régionaux plus que nationaux car ces manifestations recueillent un fort soutien local.

Dans chaque région, les urbanistes sont au plus près des problématiques territoriales et en contact direct avec la plupart des acteurs.

Les urbanistes s’investissent dans des représentations auprès des institutions et commissions, dans les Conseils des instituts ou des CAUE.

Certains comme la SFU PACA s’engagent bénévolement dans l’accompagnement de la mise en œuvre des politiques urbaines nationales, ou bien proposent des solutions alternatives aux grands projets d’infrastructures…

La vie régionale des urbanistes est importante, mais dans un état qui reste malgré tout très centralisé, c’est à Paris qu’ils reviennent toujours pour plaider encore pour la reconnaissance de l’urbanisme et des urbanistes.

C’est à Paris que leurs associations resserrent leurs liens plus fortement ou bien se séparent une nouvelle fois, en désaccord quant aux méthodes à adopter pour surmonter l’éternel obstacle.

Et c’est là qu’ils s’entendent dire une nouvelle fois par le représentant du Ministère « revenez nous voir quand vous serez réunis »

Tout en recherchant encore cette tardive reconnaissance officielle, les associations françaises des urbanistes s’inscrivent sans attendre dans des échanges permanents entre profession et formation à l’échelle nationale et aussi en Europe et à l’échelle internationale.

 

[1]             … et jusqu’au début de la décennie 2010 !

[2]             AFUA : Association Française des Urbanistes des Agences ; AGU : Association des Géomètres Urbanistes ; APUCE : Association pour la Promotion de l’Urbanisme en région CEntre ; APCAUE : Association des Professionnels des CAUE

[3]             APUMP : Association des Professionnels de l’Urbanisme en Midi-Pyrénées ; APURL : Association des Professionnels de l’Urbanisme en Languedoc-Roussillon ; APUA : Association des Professionnels de l’Urbanisme en Aquitaine, SFU PACA : association régionale PACA de la SFU ; ARUNP : Association Régionale des Urbanistes en Nord-Pas de Calais et Picardie, ARISFU : Association régionale Ile-de-France de la SFU ; ARASFU : Association régionale Rhône–Alpes de la SFU

[4]             La première formation en urbanisme « l’Ecole des hautes études urbaines » avait été créée en 1919 avec le concours de la SFU. Elle deviendra l’Institut d’urbanisme de Paris. La SFU accompagnera la création de plusieurs autres Instituts d’urbanisme

[5] CEU Conseil Européen des Urbanistes, ECTP European Council of Town Planners

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